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Les tendances visuelles, graphiques et numériques, vues par franck chaigne, spécialiste de la communication.

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INTERVIEW DE SOPHIE GRIOTTO

 

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Regards captivants, attitudes gracieuses et nonchalantes… les femmes urbaines de Sophie Griotto sont hautes en couleurs et contrastent avec les univers épurés dans lesquels elles évoluent.

De quoi éveiller notre curiosité artistique. Interview…

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Tendances Graphiques : Deux caractéristiques sont particulièrement frappantes dans tes créations. La première, c'est l'omniprésence du blanc. Pourquoi tant de "vides et d'espace" ?

Sophie Griotto : J'ai toujours été fascinée par la gestion du blanc dans l'art asiatique. Les pinceaux imbibés d'encre de Chine s'écrasent sur la feuille et se relâchent afin de suggérer un volume. C'est dans cette optique que j'ai travaillé mon trait. Mon style est plutôt réaliste mais le blanc m'aide à suggérer. C'est pourquoi je dessine le moins possible de contour et laisse le spectateur interpréter le vide.

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TG : L'autre élément marquant donc, c'est ta capacité à apporter beaucoup de textures et de matières dans des compositions pourtant très épurées. Tous ces motifs, tu les vois dans la rue, dans des magazines ? Tu les inventes ?

SG : Enfant, je voulais être artiste peintre. J'ai suivi à partir de l'âge de 5 ans jusqu'à 22 ans des cours d'Arts plastiques. C'est là que j'ai appris à cuisiner la matière et la couleur.

Même si aujourd'hui mon travail est réalisé à la tablette Wacom, je tiens absolument à garder du relief. C'est pourquoi je reprends mon pinceau et mes encres pour créer des motifs qui deviendront des tissus, une fois intégrés dans mon illustration.

Lorsque j'étais étudiante dans les arts appliqués, j'ai pensé me diriger dans l'impression textile, la création de motifs pour les tissus. C'est dire l'importance toute particulière que j'apporte à la matière des habits que mes personnages portent.

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TG : En plus du crayon et des pinceaux, quelques effets numériques agrémentent certaines de tes œuvres. Quelle part représente le digital dans tes créations?

SG : Je crois que j'ai acheté ma première tablette en 2003. Au départ, j'ai investi dans cet outil pour réaliser les modifications plus rapidement. J'étais roughwomen en freelance, je réalisais des story-boards pour les films publicitaires. Je passais ma journée à peindre 20 images au pinceau et à l'encre pour finalement devoir entièrement redessiner le board dans la même soirée pour juste un changement de couleur de cheveux.

Les logiciels comme Photoshop et Painter m'ont permis de gagner du temps  et finalement ils me sont devenus indispensables. Par contre j'ai une façon très personnelle de les utiliser. Je n'utilise pas beaucoup d'effets, je m'en sers uniquement pour assembler, rectifier les couleurs. 
Je pense que j'utilise 5% des capacités de Photoshop.
D'ailleurs un ami infographiste m'a vu travailler sur ce logiciel et m'a avoué que j'avais une manière peu conventionnelle de m'en servir.
Painter est d'avantage mon allié, j'ai réglé tous les crayons et outils  de Painter afin qu'ils soient sensiblement les mêmes que ceux qui trônent sur ma table à dessin.

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TG : C'est une technique que tu envisages de développer ?

SG : J'aimerais développer surtout ma technique artistique. Si l'artistique s'enrichit, j'essaierai alors de faire en sorte que la technique numérique suive. Si je développe trop le côté numérique, j'ai peur de perdre la matière et le mouvement qui caractérise mon travail.

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TG : Tu dessines/peins souvent la ville sur tes toiles (urban girls, rues et places de Londres, Paris, NYC...), mais as tu déjà songé à dessiner SUR la ville ? Je parle de street art : dessiner sur un mur ou du mobilier urbain...

SG : J'adorerais !  j'ai déjà participé à un "apéro-collage"; tu viens avec tes affiches, on t'offre la colle et l'apéro, et murs et plafonds du bar doivent être recouverts. Mais peindre directement dans la rue, cela ne m'est jamais arrivé.

Je suis très admirative des artistes Street-Art, comme Supakitch et Koralie, je suis leur travail de près.

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TG : En parlant de ville : certaines t'inspirent particulièrement dans ton travail ?

SG : Inévitablement Paris, ses toits graphiques, la couleur gris-bleu du zinc, je ne m'en lasserai jamais, j'y ai vécu 10 ans.

New-York, car j'ai été très surprise de l'ambiance, je m'attendais à une ville oppressante, stressante. Je m'y suis sentie en réalité plutôt bien. On passe d'un quartier de buildings où les gens courent, les sirènes s'affolent, à un quartier particulièrement calme, aux allures de village.

Et Tokyo, Kyoto, sont des villes qui m'inspirent beaucoup,  je n'y suis, hélas pas encore allée. Je suis curieuse de savoir ce qui pousse les japonais à être autant créatifs, sensibles et subtils. J'ai le sentiment que Tokyo grouille d'une énergie visiblement contemporaine et que Kyoto reste ancrée dans la tradition, le savoir faire, le passé.

Les japonais avancent sans opposer le passé et le futur, c'est cette vision qui m'intéresse.

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TG : Tes créations dégagent de douces émotions. Ton humeur peut-elle influencer tes dessins ? As-tu besoin d'être dans un certain état d'esprit ou dans certains endroits définis pour créer ?

SG : Je me suis rendue compte que je dessinais souvent ce que je n'avais pas, ou plus. Un peu comme si je le capturais sous forme de dessin afin de compenser un manque.

Par exemple, j'ai quitté Paris et c'est depuis ce départ que je dessine Paris. Lorsque j'y habitais encore, je dessinais des filles dans des champs de coquelicots. La nature était omniprésente dans mes visuels. Aujourd'hui je vis à la campagne, dans le sud de la France mes personnages sont devenus plus urbains.

Sinon, lorsque j'ai une commande très précise, mon humeur n'influence pas mon travail. On attend de moi d'illustrer un texte, une idée avec ma sensibilité, mais pas celle du jour.
Mais lorsque je réalise un travail plus personnel, je mets plus de temps, mon inspiration joue effectivement d'avantage avec mes émotions.

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TG : On a beaucoup parlé de la ville mais nombre de tes tableaux ont comme toile de fond la nature aussi. Et toi, tu es plutôt ville ou campagne ?

SG : La ville pour l'observation, l'inspiration, la capture d'idées, de détails, de situations.
La campagne pour la création, l'interprétation, pour se ressourcer.

Je me déplace à Paris environ une fois par mois. Je repère plus de détails que lorsque j'y habitais. Pour moi avoir du recul est nécessaire. Mais je suis autant ville que campagne, je ne peux pas vivre l'un sans l'autre.

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TG : Ton actu, c'est la sortie de 2 beaux livres pour enfants. Un rêve de gosse justement ?

SG : Oui, enfin mon rêve se réalise. Lorsque j'ai eu mon BTS arts-appliqués en poche je me suis installée à Paris en ayant l'intention d'être illustratrice de livres pour enfants. Et puis je n'ai pas trouvé, mon style n'était pas encore mature. Je me suis retrouvée "Roughwoman" dans une grande agence de Pub parisienne et de là a commencé mon métier de dessinatrice de mode, magazine, pub.

Ma rencontre avec Marcella, qui est écrivain de mots très doux et efficaces, m'a donné l'occasion de renouer avec l'illustration jeunesse. Et les éditions des Braques ont permit l'existence de ces livres "Champion de l'univers" et "Championne de l'univers".

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TG : Tes projets à venir ?

SG : Une exposition des illustrations de "Champion de l'univers" sera visible au bon marché en janvier 2013.
Toujours avec les Champions de l'univers et avec Marcella, Oberthur nous a laissé carte blanche à la création d'une gamme papeterie, carnets, papier à lettres (...) pour enfants.

J'ai illustré un cahier de styliste "Cultive ton look" chez Lamartinière Jeunesse pour les ados sorti en 2012. Je viens d'apprendre qu'il va être édité aux Etats-Unis en 2013.

Je travaille actuellement sur une collection de sacs avec " Zecabas", créateur de sacs, pochettes, fabrication100% française. Et la marque Vichy, intéressée par cette collaboration, nous a confié la création de pochettes en velours qui sortiront cet hiver.

Une exposition de digigraphies est exposée actuellement aux "Galeries Lafayette Maison".

Et puis je prépare actuellement des illustrations pour une campagne publicitaire qui sera très graphique et épurée, mais je n'ai pas le droit d'en dire plus... Rendez-vous en 2013.

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TG : Un dernier mot pour les lecteurs de Tendances Graphiques ?

SG : Merci de m'avoir invité sur votre blog. Je fais dorénavant partie de vos lectrices.
Tendances Graphiques apaise ma soif d'images, de découvertes, et de surprises !!!

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Voir le portfolio de l'artiste : Sophie Griotto
Voir le blog : Sophie Griotto blog 

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